Dans un récent mail, un ami moustachu me demandait de son air condescendant, qui le rend si détestable chez la plupart des gens, si je connaissais un album de jazz du nom de "Money Jungle".

Il faut dire qu'il avait le cul troué de constater que son compère Janot 44, dont la réputation en goût musicaux n'a rien à envier à celle des performances des Traban en rallye automobile, en eût connaissance avant lui. L'emploi de l'imparfait du subjonctif dans la phrase qui précède me parait plus que douteuse, néanmoins je persiste en espérant être éclairé par le nouveau Bernard Pivot qu'est devenu BProd que naguère je corrigeais (sans rémunération) lorsqu'il lançait sa petite start-up qui ne lui permet toujours pas de rouler en 4x4 BMW...

Alors que dire à notre moustachu cuistre sinon que l'abus de boissons alcoolisées et de cigarettes enrichies commencent à lui niquer sérieusement les neurones ? Ma première rencontre avec cet album fabuleux remonte à l'année 2002, je crois, ce qui, j'en conviens, est déjà bien tard. J'étais passager dans une 205 XL blanche conduit par un ami connu sous le blase de Rollerman et avec qui notre amnésique a randonné cet été (s'il s'en souvient). Nous faisions route vers Poitiers où il pensait passer le CRPE le lendemain (en fait c'était à Angoulême mais cela est une autre histoire...) quand après nous être égosillé sur les classiques d'Assassin - parce que c'était encore fréquentable à l'époque - nous nous reposâmes en écoutant cette cassette qu'il me présenta comme une masterpiece. Vous pensez, la réunion de trois énergumènes tels que Mingus, Roach, Ellington, ne peut donner qu'à une œuvre d'exception... Je fus subjugué en me promettant d'acquérir un jour ce précieux album.

Ce n'est que l'année d'après que je le trouvai à la Médiathèque de la capitale ligérienne. Je l'empruntai et, sans aucun état d'âme, le copiai. Dans ma grande générosité à partager mes coups de cœur musicaux, je fis écouter à notre homme cet album mythique, moi, avachi dans mon clic-clac bleu, rendu lourd par un colombo ou une soupe de poulet au lait de coco, lui dans le même état dans un fauteuil retapé en toile écrue. Des volutes de fumées nous encerclaient et du rhum arrangé emplissait nos verres...

Plus tard je me souviens avoir partagé une nouvelle écoute avec notre homme et Janot 44, chez ce dernier, d'ailleurs, qui n'avait pas assez de mots (ni de vin) pour décrire la superbe version de "Caravan", il frôlait l'orgasme, le bougre.

Enfin mon dernier souvenir partagé avec ce moustachu fut lors de ses quarante ans car en dépit d'avoir cette pépite en vinyl, je lui offrai en compensation "The Bud Powell Trio" avec Roach, Mingus et ... Powell. Très bon certes mais sans égaler le "Money Jungle", évidemment, ce que je ne manquai pas de lui signaler...

Alors oui, je connais "Money Jungle". Je vais d'ailleurs bien le réécouter car je ne doute pas qu'après ce qui précède je ne sois pas victime d'un piège du vengeur moustachu...