Vendredi soir, rendez-vous sur le parvis d'un musée. Des pit-bulls, pardon des bull-terriers jaunes, ont remplacé, en façade, des statues que j'imagine bien inspirées de l'Antiquité. C'est un musée d'art contemporain, tout s'explique.
On y va, pas parce que c'est gratuit, mais parce qu'on y joue un spectacle. Une pièce de théâtre pour être précis. Une création marquant la fin d'une résidence.

Ça grouille presque de monde. Des profs pour la plupart. Quelques jeunes au look "Beaux-Arts". Du bobos bien affirmés et du bobo en devenir. Jolie rencontre. Un miroir vieillissant ou rajeunissant selon le côté où on est placé. Vous me direz "Et toi là-dedans ?". Ben moi j'y étais, c'est tout. Libre aux autre de me ranger dans une de leurs catégories personnelles.

Un rapide discours du metteur en scène. Puis on monte. On s'assoit. Certains sur des chaises, d'autres au sol, sur un pouf. Devant nous une cage d'ascenseur. Ouais le titre c'est "L'Homme dans l'ascenseur". J'apprécie donc la cohérence des décors avec le titre et me dis qu'on n'a pas à faire avec un rigolo. Le mec, il est sérieux, ça ne fait pas de doute.

Le noir se fait, renforçant l'intimité de l'ambiance. La cage s'éclaire. Dedans un type est couché. Costard-cravate, tout du cadre de multinationale. Quand il se lèvera et révèlera sa gueule, j'ajusterai mon jugement en "cadre quinquagénaire en perte de vitesse dans la boîte qui l'emploie". Un looser dans la dichotomie libérale qui régente le monde du travail.
Bon le mec se réveille. Et ça part mal. Il nous fait le coup du "Qui suis-je ?", "Où suis-je ?", sans parler, juste en mimant. Vite filez-moi l'adresse de son cours de théâtre que je n'y aille jamais !!! Putain rarement vu aussi convenu comme jeu d'acteur. Quand t'es à dix mètres du public, à son niveau, t'as plutôt intérêt à assurer niveau prestation scénique. Ben pas lui. Ensuite il commence son texte. Et là encore, on n'y croit pas une seconde. C'est mauvais, joué sans âme, récité avec une emphase déplacée. Moi aussi je peux passer une heure, pardon quarante minutes, à geindre dans une boîte avec des mimiques ridicules, ça fera pas de moi un acteur.

Pourtant le texte est bon, il est de Heiner Müller. Mais on y croit pas. Enfin je n'y ai pas cru. Faute au mauvais jeu de l'acteur, peut-être mal dirigé aussi. La mise en scène était pas mal. Mais voilà ça n'a pas fonctionné. Alors, on souhaite qu'une chose qu'il arrive enfin à son putain d'étage, s'il existe, et qu'il arrête de nous casser les burnes. Ou mieux qu'un cable cède, enfin qu'il arrive un truc pour que ça cesse.

A la longue ça m'oppressait vraiment, ce jeu ampoulé, sans vie, neutre. Une vraie oppression, impossible de partir, de fuir. Puis on pense aux lieux où on pourrait être. A ce qu'on pourrait faire. Puis on étouffe à nouveau.  On veut que ça s'arrête de suite. Mais on contrôle rien.

Comme dans un ascenseur trop étroit.

La réussite involontaire du metteur en scène.